mardi 11 novembre 2008

Cheyenne

CHEYENNE


Remarquables par la beauté de leur culture, leurs qualités de guerriers, leur passion de la liberté et l’opiniâtreté avec laquelle ils ont combattu l’invasion blanche, les Cheyenne sont l’un des plus importants et des plus charismatiques peuples indiens des Plaines.



LA CULTURE CHEYENNE
La société cheyenne
Les Cheyenne s’appelaient eux-mêmes Tsistsista (littéralement « les hommes-hommes »). Le nom « Cheyenne » vient du sioux Sha-iye-la qui signifie « ils parlent rouge », un nom par lequel les Sioux désignaient un peuple de langue étrangère. Le signe signifiant « cheyenne » dans le langage des signes, par lequel les tribus des Plaines communiquaient entre elles, est le geste de couper un doigt. Les guerriers vainqueurs coupaient souvent les doigts de leurs ennemis morts.

La culture cheyenne est celle du cheval et du bison, typique des Indiens des Plaines, mais comporte quelques particularités qui méritent d’être soulignées.
Le pouvoir politique était réparti au sein de la nation entre le conseil des chefs et les sociétés de guerriers. Un conseil de quarante-quatre chefs était chargé de conduire la politique générale et d’assurer le bien-être du peuple. Chacun des chefs représentait l’un des clans familiaux de la tribu. Les chefs ne possédaient crédit et autorité que s’ils répondaient à certains critères moraux : sagesse, honnêteté, générosité et courage. On attendait d’eux qu’ils se sacrifient pour les autres. Ils devaient veiller à ce que personne ne manque de nourriture ou d’abri. Ils rendaient la justice, apaisaient les conflits, protégeaient les faibles. Ils organisaient les mouvements des camps, les chasses. Ils décidaient des alliances, de la guerre et de la paix. Chacun de ces chefs venait de l’une des sociétés de guerriers qu’il devait abandonner quand il était nommé au conseil. Les nominations se faisaient par cooptation et les décisions du conseil étaient prises par consensus, souvent après de longues discussions.
Les sociétés de guerriers qui fonctionnaient comme des confréries avaient une grande importance dans la société cheyenne. La plus puissante était celle des Dog Soldiers (Hotamitanio) qui a joué un rôle déterminant dans la lutte contre les Blancs au XIXème siècle. Les autres sociétés étaient Fox, Elk, Wolf, Shield et Bowstring. Sous l’autorité civile du conseil des chefs, elles organisaient les expéditions guerrières et assuraient la défense et la sécurité du peuple.
Les Cheyenne ont souvent été considérés comme les plus fiers et les plus braves parmi les Indiens des Plaines, peut-être seulement égalés par les Crows. Les Français les appelaient « les Beaux Hommes ».Dans la société cheyenne, les exploits guerriers étaient extrêmement valorisés. Aucun homme ne pouvait espérer accéder à une position en vue ni même fonder une famille s’il n’avait acquis quelques « honneurs de guerre », comme d’avoir « compté un coup » en touchant un ennemi encore armé. Tous les jeunes gens devaient avoir, au moins une fois, participé à une expédition de guerre.
Il existe à propos des Cheyenne des témoignages favorables et même admiratifs venant de militaires qui les ont côtoyés. Le lieutenant Hugh L. Scott décrit ainsi les jeunes guerriers du chef Two Moon qu’il avait rencontrés en 1877 : « Ils étaient tous jeunes, athlétiques, grands, minces, courageux, et je les admirais comme étant les plus beaux spécimens de l’espèce humaine que j’aie jamais rencontrés. Ils avaient l’allure fière et le port digne .... Ils étaient parfaitement adaptés à leur environnement et, en cas de danger, ils savaient exactement ce qu’ils devaient faire .... ». Dans son ouvrage « Indian Sign Language », Clark écrit : « Les hommes cheyenne se placent aussi haut que ceux de n’importe quelle tribu en ce qui concerne l’honnêteté, l’énergie et la ténacité, et sur le plan physique et intellectuel, ils sont supérieurs à ceux de la plupart des tribus ». (cité par James Mooney dans « The Ghost Dance »)
Les femmes cheyenne étaient connues pour leur vertu et leur beauté. Elles excellaient dans le travail de la broderie traditionnelle en piquants de porc-épic et constituaient des sociétés de brodeuses qui exposaient leurs plus beaux travaux devant la tribu. Les femmes cheyenne échangeaient volontiers des modèles de broderies, de vêtements, de mocassins, de berceaux avec les femmes lakota ou arapaho. A partir des années 1839-1840, la broderie de perles a pratiquement remplacé la broderie de piquants.
Chez les Indiens des Plaines, et les peuples chasseurs/guerriers en général, les femmes étaient toujours plus nombreuses que les hommes, plus exposés aux accidents, ce qui permettait à certains Cheyenne influents d’avoir plusieurs épouses, mais il serait faux de penser que tous les Cheyenne étaient polygames. Chaque épouse possédait son propre tipi où elle vivait avec ses enfants, ce qui rendait faciles les divorces. La femme se contentait alors de mettre dehors les affaires de son époux. Chacun jouissait d’une grande liberté dans ses choix de vie.



La spiritualité
Le Grand Esprit des Cheyenne est Maheo, créateur de l’univers et donneur de vie.
La cérémonie spécifique de la culture cheyenne était celle du Renouvellement des Flèches. Les dix clans de la nation se réunissaient alors en un immense cercle au centre duquel était dressée la loge du Gardien des Flèches Sacrées.
Selon la tradition, ces quatre flèches, deux pour la chasse, deux pour la guerre, avaient été données par Maheo à Sweet Medecine, le héros culturel des Cheyenne, quand celui-ci s’était rendu sur Bear Butte, une haute colline au nord-est des Black Hills. Les flèches étaient conservées dans un « paquet médecine » avec d’autres objets sacrés pour la tribu, en particulier une coiffure en cornes de bison. Cette cérémonie qui durait quatre jours exprimait le renouveau spirituel de la nation et le renforcement des liens entre ses membres. Dans les temps anciens, elle se tenait probablement tous les ans. Quand la tribu s’est trouvée divisée en deux, il est devenu impossible à la nation cheyenne de se réunir pour célébrer le Renouvellement des Flèches. Les Flèches Sacrées ont été emportées par les Cheyenne du Sud, et la coiffure de bison a été conservée par ceux du Nord. Ces objets sacrés sont toujours sous la garde d’un saint homme mais, de nos jours, le rituel qui s’y rattache est devenu confidentiel.

C’est au solstice d’été que les Cheyenne célébraient la cérémonie de la Loge du Renouveau de la Vie. A la différence de la Danse du Soleil des Lakota qui se déroulait à ciel ouvert, les Cheyenne construisaient une vaste loge circulaire soutenue par vingt huit poteaux d’où partaient autant de perches qui s’appuyaient au centre sur l’arbre sacré et que l’on recouvrait de branchages. Cette « loge médecine » représentait le monde. Son plan de construction était celui la grande « roue médecine » du Wyoming, l’une des rares structures de ce type encore à peu près intactes.
Le dernier jour de la cérémonie, les danseurs qui en avaient fait le vœu s’attachaient à l’arbre sacré par des lanières de cuir fixées par des chevilles de bois à la chair de leur poitrine. En dansant ils devaient parvenir à se détacher en déchirant leur chair, comme pour la Danse du Soleil des Sioux ou l’Okeipa des Mandan. Cette cérémonie n’était pas une initiation des jeunes hommes, comme on le dit souvent, mais un sacrifice consenti pour remercier les esprits de l’univers, personnifiés en Maheo, pour les bienfaits qu’il accordait aux Cheyenne, pour cette terre magnifique où abondait tout ce qui était nécessaire à leur vie et à leur bonheur, une signification analogue à celle du rituel lakota. De nos jours, la cérémonie du Renouveau de la Vie est couramment appelée « Danse du Soleil », l’expression servant maintenant à désigner ce type de rituel sous ses différentes formes.
Les cérémonies indiennes ont été interdites par les missionnaires et l’administration américaine au début des années 1880, mais certaines comme la Danse du Soleil ont continué à être célébrées en secret. Ainsi de jeunes Crows avaient participé en 1887 à la Danse du Soleil des Cheyenne du Nord.
Depuis le début des années 1970, les Danses du Soleil sont ouvertement tenues chez les Cheyenne comme sur toutes les réserves des Plaines. Les Cheyenne ont cependant conservé leur cérémonie spécifique de la Loge du Renouveau de la Vie, alors que la plupart des autres tribus pratiquent la Danse du Soleil proprement dite, selon le rituel lakota.
La nation cheyenne est toujours partagée en deux. Les Cheyenne du Nord vivent sur une réserve du sud-est du Montana, près de celle des Crow. Ceux du sud vivent en Oklahoma, en étroite association avec les Arapaho.






HISTOIRE DU PEUPLE CHEYENNE

Les Cheyenne sont des Algonquin originaires du sud des Grands Lacs. L’explorateur français Cavelier de La Salle les rencontre en 1680 dans le nord de l’actuel Illinois, habitant le long des rivières des villages permanents faits de grandes maisons de terres en forme de dômes, semblables à celles que possédaient les Mandan et les Arikara au XIXème siècle. Ils fabriquent de la poterie et cultivent le tabac, le maïs, le haricot et la courge.
A la fin du XVIIème siècle, les Cheyenne se déplacent vers l’ouest, atteignant le Missouri, peut-être poussés par le déplacement des Chippewa et des Sioux. Leurs alliés arapaho, un autre peuple algonquin, suivent la même route. Installés le long du Haut-Missouri et de ses affluents, les Cheyenne pratiquent toujours l’agriculture autour de leurs villages, lançant de fréquentes expéditions de chasse dans les Plaines.
Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, ils acquièrent les chevaux auprès des tribus du sud. Comme les autres nations des Plaines, ils deviennent bientôt des chasseurs-cueilleurs, abandonnant l’agriculture et la poterie. La chasse au gros gibier, en particulier le bison, assure l’essentiel de leur subsistance. Ils délaissent les villages fixes, vivant sous des tipis en peau de bison.
Les dernières années du XVIIIème siècle marquent l’arrivée des Cheyenne dans la région des Black Hills où les Lakota sont déjà installés. A ce moment, un petit peuple algonquin, les Sutayo, peut-être des Blackfeet, se mêle aux Cheyenne et devient l’un des dix clans de la nation. Après les avoir un moment combattus, les Cheyenne s’allient aux puissants Lakota, une amitié qui ne fera que se renforcer au fil des années et des épreuves. Ainsi en 1805, les Cheyenne s’intègrent à l’immense rassemblement des Sioux, quand les Sept Feux de la Grande Nation Sioux se réunissent sur le Missouri.
En 1806, le Canadien Charles Mackensie, qui avait participé à l’expédition Clark et Lewis, est le témoin d’une réconciliation entre les Cheyenne et les Mandan et les Arikara, marquée par des échanges de captifs et de cadeaux. Désormais, les Cheyenne iront chercher leurs adversaires plus à l’ouest, chez les Crow, les Shoshone et les Ute.
Comme toutes les nations indiennes des Plaines du Nord, les Cheyenne concluent en 1825 un « traité de paix et d’amitié » avec les Américains, négocié par le général Atkinson. Le chef qui signe le traité au nom des Cheyenne est High Backed Wolf que George Catlin peindra à plusieurs reprises durant ses voyages chez les tribus indiennes au début des années 1830. Cette vaste réunion de tribus est l’occasion pour les Cheyenne et les Crow de conclure la paix. Les femmes et les enfants captifs sont mutuellement restitués. Les hostilités reprendront cependant entre les Cheyenne du Montana et les Crow, provoquées principalement par le soutien que ces derniers apportent aux Blancs.
Vers 1830, certains clans cheyenne s’éloignent vers le sud, atteignant l’est du Colorado et du Kansas. Ils deviendront les Cheyenne du Sud. Une partie des Arapaho a suivi la même voie. Les Cheyenne demeurés au Wyoming et au Montana sont connus comme les Cheyenne du Nord. Chacun de ces groupes va connaître une histoire différente dans la lutte qu’il devra mener contre l’invasion de ses terres par les Blancs.








LES CHEYENNE DU NORD

Au début des années 1830, tandis qu’une partie des Cheyenne s’éloigne vers le sud, s’alliant aux Kiowa et aux Comanche, les Cheyenne du Nord demeurés au Wyoming et au Montana s’unissent de plus en plus étroitement aux Lakota, combattant les mêmes ennemis, partageant les mêmes territoires de chasse et la même culture.
Vers 1850, les Cheyenne du Nord comptent trois principales divisions : la bande du chef Yellow Wolf, celle des Dog Soldiers qui, de société guerrière, tend à devenir un peuple à part entière et la bande plus petite des Half Breed dont le nom indique probablement qu’elle comporte de nombreux métis.
Les Cheyenne du Nord signent en 1851 avec le gouvernement américain le premier traité de Fort Laramie par lequel les nations des Plaines du Nord autorisent le passage des convois de pionniers se rendant vers les mines d’or de Californie. A l’occasion du grand rassemblement provoqué par le traité, plusieurs nations indiennes ennemies concluent des trêves.


Premiers combats
En décembre 1864, les Cheyenne du Montana entendent parler du massacre de Sand Creek perpétré par l’armée américaine le 29 novembre contre les Cheyenne du Sud du chef Black Kettle. Avec les Lakota Spotted Tail, Red Cloud et Pawnee Killer, les guerriers cheyenne montent une expédition pour venger leurs frères du sud. Le 7 janvier 1865, Cheyenne et Lakota attaquent la petite ville de Julesburg, à la frontière nord du Territoire du Nebraska. Les Indiens incendient et pillent la ville dont la plupart des habitants ont eu toutefois le temps de fuir. Les guerriers indiens remontent ensuite vers le nord et attaquent les établissements blancs le long de la rivière North Platte. Le 26 juillet 1865, les Cheyenne conduits par Roman Nose attaquent, avec leurs alliés lakota, le fort de Platte Bridge. Après un rude combat, ils sont cependant repoussés.
En août 1865, le général Patrick E. Connor lance une vaste expédition militaire contre les Indiens des Plaines du Nord considérés comme « hostiles ». Le général, qui s’est rendu célèbre pour avoir massacré en janvier 1863 près de cinq cents Shoshone sur la Bear River dans l’Utah, est considéré comme un héros de l’Ouest, le « défenseur de la Frontière ». Il déclare que tous les Indiens vivant au nord de la Platte River doivent « être traqués comme des loups », et ajoute : « Attaquez et tuez tous les Indiens mâles de plus de douze ans ! »
Les Indiens harcèlent sans relâche les soldats qui, début septembre, doivent battre en retraite, une défaite qui tient autant à l’incompétence des militaires qu’à l’habileté des combattants indiens. Les Indiens mettent en fuite des chercheurs d’or qui s’étaient aventurés jusque dans les Black Hills.
Conduits par les chefs Dull Knife, Two Moon et Little Wolf, les Cheyenne du Nord participent à la guerre de Red Cloud qui, pour s’opposer à l’installation de forts le long de la Piste Bozeman, débute dans l’été 1866. Cette piste qui passe entre les Black Hills et les Big Horn Mountains coupe en plein territoire cheyenne et lakota et amène au Montana des milliers d’immigrants. Les Cheyenne sont, aux côtés des Lakota, à la bataille de Fort Phil Kearny, le 21 décembre 1866, l’embuscade dans laquelle le capitaine William J. Fetterman trouve la mort et où s’est illustré le jeune Crazy Horse, puis le 2 août 1867 au combat de Hayfield.
C’est en novembre 1868 qu’avec les Oglala de Red Cloud, les Cheyenne du Nord signent le traité de Fort Laramie qui met fin aux combats. Il est convenu qu’ils résideront sur le territoire reconnu à leurs alliés lakota. La totalité de la tribu rejoint les chefs lakota Crazy Horse et Sitting Bull qui continuent à mener la vie indienne traditionnelle sur les territoires de chasse que leur reconnaît le traité, loin de la réserve où se sont installés ceux de Red Cloud et de Spotted Tail. Etroitement associés aux Lakota, les Cheyenne du Nord vont, pendant plus de huit ans encore, conduire l’ultime résistance des Indiens des Plaines du Nord.
Dans l’été 1874, de l’or est découvert dans les Black Hills par une expédition conduite par le déjà célèbre colonel George A. Custer. Ne pouvant contenir la ruée des prospecteurs, le gouvernement cherche, durant l’année 1875, à acheter les Black Hills aux Indiens qui refusent. Ordre est donné en décembre 1875 aux tribus encore libres de rejoindre la réserve avant le 31 janvier 1876, un ordre qui sera totalement ignoré.


Résistance dans les Plaines du Nord
Dès la fin de février 1876, le général Philip H. Sheridan, qui commande l’armée américaine des Plaines, monte une vaste expédition contre les rebelles. Le 17 mars, sur la Powder River, le capitaine Joseph J. Reynolds attaque le camp du cheyenne Two Moon. Les guerriers parviennent à protéger la fuite de leurs familles, puis réussissent à décrocher. Tous leurs biens détruits, les Cheyenne vont chercher secours et abri auprès des Lakota.
En juin 1876, à la tête de plus d’un millier d’hommes, le général George Crook quitte Fort Fetterman et se dirige vers la rivière Rosebud où l’on estime que se cache un grand nombre d’Indiens « hostiles ». Le 17 juin, une centaine de guerriers cheyenne conduits par Little Wolf aide les Lakota de Crazy Horse à protéger le grand village indien établi sur la Rosebud River.
Quelques jours plus tard, les éclaireurs crow et arikara du lieutenant-colonel George A. Custer retrouve la piste des Indiens sur les bords de la rivière Little Bighorn où des milliers de Lakota, Cheyenne et Arapaho sont réunis après avoir conduit les cérémonies de la Danse du Soleil. Au matin du 25 juin, Custer lance son attaque à travers le gué qui mène à l’immense village. C’est là que des guerriers cheyenne se sacrifient pour donner le temps de fuir aux femmes et aux enfants qui étaient au bord de la rivière.
Après leur victoire sur la Little Bighorn et la mort de Custer, les Indiens se dispersent. Tandis que certains acceptent de rejoindre la réserve, la plupart cherchent désespérément à préserver leur liberté.
Le 17 juillet, plusieurs centaines de Cheyenne conduits par Little Wolf quittent la Grande Réserve afin de rejoindre Sitting Bull et Crazy Horse qui combattent au nord. Ils sont interceptés par les troupes du colonel Westley Merritt à Warbonnet Creek au nord de Fort Robinson. L’engagement se réduit à un combat singulier entre le Cheyenne Yellow Hand et Buffalo Bill, éclaireur pour l’armée. Buffalo Bill tue le Cheyenne et le scalpe. C’est du moins la version officielle de l’engagement. Des témoins cheyenne rapportent une toute autre histoire, moins glorieuse pour l’armée. Yellow Hand, l’un des jeunes chefs de guerre des Cheyenne, aurait été abattu alors que, chevauchant à l’avant des siens, il attirait sur lui le tir des soldats, ainsi que le faisaient les braves pour protéger les non-combattants. Il aurait été scalpé et son corps abandonné sur place. Aucun des témoins ne parle de Buffalo Bill. (rapporté par Jerome E. Green dans son ouvrage « Lakota and Cheyenne » chapitre 5 - (University of Oklahoma Press)
Encerclés par l’armée, les Cheyenne sont ramenés sur la réserve. Little Wolf s’en échappe bientôt avec ceux de son clan et rejoint Dull Knife.
Les Cheyenne qui résistent encore se terrent dans les vallées du pays de la Powder River. Le 25 novembre 1876, par grand froid, au confluent de Crazy Woman Creek et de la Powder River, le colonel Ranald S. Mackenzie attaque le camp d’hiver de Dull Knife et Little Wolf. Des scouts shoshone et pawnee ont découvert le village de près de deux cents tipis adroitement dissimulé dans une gorge étroite. Les guerriers reviennent justement d’une expédition contre les Shoshone. La haine entre les Cheyenne et les Shoshone du chef Washakie qui aident les Blancs à traquer les Indiens est à ce moment à son comble. Toute la nuit, les Cheyenne ont fêté leur victoire et n’ont pas posté de sentinelles, tant ils sont sûrs de passer inaperçus.
A l’aube, les cavaliers de Mackenzie lancent leur attaque, lacérant et incendiant les tipis où les Cheyenne dorment encore. Complètement pris au dépourvu, les Indiens fuient dans la neige, la plupart à demi nus. Mais les guerriers s’organisent et parviennent à se retrancher dans un ravin. Se faisant tuer sur place, ils tiennent en respect les soldats. Little Wolf attire sur lui le feu des soldats pour laisser aux femmes et aux enfants le temps de fuir. Il recevra sept blessures. Mackenzie donne l’ordre d’abattre les sept cents chevaux, de mettre le feu aux réserves de nourriture et de détruire systématiquement tout ce qui pourrait encore servir aux Indiens.
Les Indiens laisseront trente morts près de la rivière. Les trois fils de Dull Knife ont été tués. Beaucoup de rescapés sont blessés. Ils fuient sans couvertures, pratiquement sans vêtements, dans le froid mordant. Ils sont obligés de tuer certains des chevaux qu’ils ont pu sauver et de placer leurs petits enfants dans les entrailles encore chaudes. Beaucoup d’entre eux, les enfants, les vieillards, les blessés, mourront de froid et d’épuisement. Ils parviennent au bout de douze jours de souffrances à rejoindre le camp de Crazy Horse qui, lui-même en proie à la famine, les accueille et les réconforte dans la mesure du possible. Black Elk, le saint homme lakota, décrit ainsi l’arrivée des Cheyenne dans le camp lakota : « Je peux me souvenir quand Dull Knife arriva avec ceux qui restaient de son peuple, affamés et gelés. Ils n’avaient presque rien et certains étaient morts en route. Beaucoup de petits bébés étaient morts. Nous avons pu leur donner de quoi se vêtir, mais nous n’avons pu leur donner beaucoup de nourriture car nous en étions réduits à manger nos chevaux quand ils mouraient ». Au dernier degré du découragement, certains Cheyenne décident de faire leur reddition à Fort Robinson.



Redditions
L’armée pourchassera avec acharnement les Lakota et les Cheyenne encore libres pendant tout l’hiver, jusqu’à ce qu’au printemps 1877, à bout de forces, les derniers résistants fassent leur reddition. Ceux de Two Moon se rendent en mars. Les jeunes guerriers sont contraints de s’engager comme éclaireurs dans l’armée. Ils participeront durant l’été à la poursuite des Nez Percé de Chef Joseph. Dull Knife et de Little Wolf, avec neuf cent soixante des leurs, arrivent à Fort Robinson le 21 avril. L’état de maigreur des Cheyenne, les blessures par balles et coups de sabre que beaucoup portent, épouvantent le médecin militaire qui déclare: « Ces gens ont subit une violence innommable ». (cf. p. 50-51 dans « Nous les Dull Knife » de Joe Sarita)
Dès le mois de mai 1877, pour éloigner des éléments jugés particulièrement subversifs, on décide de déporter ceux de Dull Knife et de Little Wolf vers le Territoire Indien (l’actuel Oklahoma) où leurs frères du sud ont une réserve. Les Cheyenne, qui espéraient demeurer près de Fort Robinson avec les Lakota, comme le prévoyait le traité de 1868, tentent de résister. Pour les décider, on leur fait croire que, s’ils ne se plaisent pas en Territoire Indien, ils pourront revenir.
En juillet, ils sont conduits vers le sud sous escorte militaire et sont installés à l’agence de Darlington. Les Cheyenne du Sud, avec lesquels ils ont rompu les liens depuis près de quarante ans et qui ont le plus grand mal à survivre sur une terre ingrate, voient sans plaisir arriver les nouveaux venus auxquels ils trouvent l’air « sauvage ».
« Ils ne reçoivent pas assez de provisions pour échapper à la famine.... Ils ne gardent pas pour eux le peu de provisions que j’ai vu leur être distribué, mais ils le donnent à leurs enfants qui réclament à grands cris de quoi manger. La viande de bœuf qu’on leur distribue est de très mauvaise qualité et ne peut être considérée comme comestible, ni propre à aucun usage » C’est ainsi qu’en septembre 1877, deux mois après leur arrivée, le lieutenant Henry W. Lawton décrit la situation des Cheyenne du Nord installés en Territoire Indien.



La Longue Marche des Cheyenne
Les Cheyenne du Nord, habitués aux plaines verdoyantes et fraîches, aux collines boisées du Montana et jaloux de leur indépendance, ne peuvent s’habituer aux étés brûlants de l’Oklahoma qui ont réduit à néant leur essais d’agriculture, et à l’humiliation de devoir se soumettre au bon plaisir du gouvernement et de ses agents. Les Cheyenne sont bientôt touchés par la malaria, une maladie qu’ils ignoraient jusque-là, et une cinquantaine de leurs enfants sont morts d’une épidémie de rougeole au printemps 1878. Le peuple cheyenne craint réellement pour sa survie.
On comprend ce qui a poussé les Cheyenne déportés à tenter de rejoindre leurs terres du Montana en cet automne 1878. Quelques centaines resteront cependant dans le sud avec le chef Wooden Leg qui gardera les enfants trop petits pour affronter le voyage. Au début de septembre, Dull Knife et Little Wolf font part à l’agent Miles de leur volonté de retourner au Montana. Affolé, l’agent alerte ses supérieurs, mais les Cheyenne ont pris la route du nord dès le 9 septembre. C’est ainsi que commence la Longue Marche des Cheyenne, l’un des exodes les plus héroïques et les plus désespérés de l’Histoire.
Pour l’armée, c’est le branle-bas de combat. De tous les forts de la région, deux mille soldats affluent pour couper la route aux fugitifs. Tandis que les Indiens campent sur les bords de la rivière Cimarron, ils sont attaqués par une unité du 4ème régiment de cavalerie. Après un vif échange de coups de feu, les soldats abandonnent le terrain et se replient sur Fort Reno.
Neuf mille soldats, sous les ordres du général George Crook, sont amenés par chemin de fer. Trois mille miliciens venus de Dodge City rejoignent les forces armées pour traquer les trois cents Cheyenne qui comptent moins de cent hommes en état de combattre. Les Indiens, qui évitent à tout prix l’affrontement avec les Blancs, parviennent à se glisser à travers le plus imposant dispositif jamais mis en place par l’armée américaine.
Au Kansas, ils capturent des chasseurs de bisons qu’ils laissent repartir après les avoir délesté de leurs armes et de la viande qu’ils avaient. Parfois, des guerriers quittent le convoi et reviennent le lendemain avec des chevaux, un fusil, des provisions. Il est vraisemblable qu’ils ont tué quelques Blancs qui leur résistaient pour s’emparer de ce qui était nécessaire à la survie des leurs.
Les Cheyenne franchissent l’Arkansas. Le 26 septembre, ils sont attaqués par les troupes du colonel William H. Lewis. Les soldats abattent des chevaux, mais les Cheyenne parviennent une nouvelle fois à décrocher en protégeant les femmes et les enfants. Désormais, certains d’entre eux doivent aller à pied.
Le 29 septembre, la route des fugitifs est coupée par la Kansas Pacific Railroad. Le passage est particulièrement délicat, car des machines haut le pied chargées de soldats circulent en permanence le long des voies. Les trois cents Cheyenne passeront pourtant, dans un silence absolu, avec leurs chevaux et leurs enfants. Puis c’est la traversée de la South Platte le 4 octobre. Les Cheyenne voyagent dans un pays maintenant largement occupé par les Blancs : les ranchs, les fermes, les clôtures sont pour eux autant d’obstacles redoutables.
Le général Crook ordonne à toutes les troupes disponibles d’arrêter les fuyards qui viennent de s’engager dans les Sand Hills, le désert de sable du Nebraska. Maintenant complètement démunis, épuisés, affamés, les Cheyenne ne sont plus en état de combattre, mais cherchent seulement à échapper aux forces qui les traquent.
Pour donner de meilleures chances à ceux qui semblent en état d’atteindre le Montana, ils décident de se séparer. Le vieux Dull Knife, avec les plus faibles, se dirigera vers Fort Robinson où les Cheyenne croient que se trouve toujours l’agence de Red Cloud, certains que les Lakota leur porteront secours. Little Wolf continuera vers la vallée de la Powder River, vers les terres cheyenne. (Sur les circonstances de la fuite des Cheyenne et les événements de Fort Robinson, voir le livre : « Le Dernier Espoir » de Howard Fast et le chapitre 2 dans « Nous, les Dull Knife de Joe Sarita. » )



Captivité à Fort Robinson
Le 23 octobre, des soldats interceptent ceux de Dull Knife au comble de l’épuisement et les conduisent à Fort Robinson. Les Lakota n’y sont plus depuis un an. Ils ont été transférés sur la réserve de Pine Ridge, à cent kilomètres de là. Pendant deux mois, nourris, bien traités, jouissant d’une relative liberté, les Cheyenne reprennent des forces. Certains de leurs amis lakota sont même autorisés à leur apporter des vêtements et des couvertures dont ils manquent cruellement. Les Cheyenne affirment toujours leur refus de retourner en Oklahoma.
Le jour de Noël 1878, un ordre arrive de Washington : les Cheyenne doivent retourner sans délai en Oklahoma. Les Indiens refusent farouchement, disant préférer la mort à une nouvelle déportation. Ils sont aussitôt consignés dans un baraquement. Dans les premiers jours de janvier, le capitaine Henry W. Wessels qui commande le fort leur fait supprimer le chauffage, la nourriture et même l’eau.
Au soir du 9 janvier 1879, s’ouvrant un passage avec les quelques armes qu’ils ont pu dissimuler, les Cheyenne prisonniers tentent une sortie désespérée. Une cinquantaine, dont beaucoup de femmes et d’enfants, tombent sous les balles des soldats. Quelques dizaines ont pu s’échapper. Le 23 janvier, trente-deux fugitifs sont cernés près de Hat Creek. Les cent cinquante soldats déclenchent sur eux un feu d’enfer. Tous sont tués, à part quelques femmes grièvement blessées qui seront capturées. (les pages 80 à 83 de « Nous, les Dull Knife » révèlent certaines circonstances peu connues du massacre)
Une vingtaine de Cheyenne repris vivants seront ramenés en Oklahoma.
Dull Knife et huit des siens réussissent à atteindre la réserve de Pine Ridge au degré le plus extrême de l’épuisement, après dix-huit jours d’une marche épouvantable. Les Lakota les nourrissent et les cachent durant plusieurs mois. Ils seront ensuite « pardonnés » par les autorités et autorisés plus tard à rejoindre ceux de Little Wolf au Montana.
En janvier, les Cheyenne conduits par Little Wolf ont atteint la Powder River où ils se terrent jusqu’au printemps. Début mars, Little Wolf rencontre Two Moon qui organise sa reddition. Le 27 mars 1879, à Fort Keogh, Little Wolf et ses guerriers remettent leurs armes au colonel Nelson A. Miles.
A l’automne 1879, le clan de Little Wolf rejoint ceux de Two Moon sur la Tongue, au Montana. Certains jeunes Cheyenne deviennent scouts pour l’armée. Les guerres indiennes ayant pris fin, ils sont employés à des travaux de construction et de bûcheronnage. La plupart se mettent à boire pour oublier la perte de leur liberté, de leur fierté, de leur mode de vie. Ce n’est qu’en 1884 que la réserve des Cheyenne du Nord est officiellement créée sur la rivière Tongue, jouxtant à l’est la réserve des Crow, leurs ennemis.
Un autre important groupe de Cheyenne du Nord, celui de Little Chief, avait été déporté en Territoire Indien à la fin de l’année 1877. Ils y avaient rencontré pratiquement les mêmes difficultés que ceux de Dull Knife et Little Wolf mais, instruits par la terrible expérience de ces derniers, ils avaient choisi d’utiliser les voies légales pour obtenir l’autorisation de retourner dans le nord. A la fin de l’année 1879, après un voyage de Little Chief à Washington où il avait plaidé la cause de son peuple, les Cheyenne avaient reçu la permission de s’installer sur la réserve de Pine Ridge près de leurs amis Lakota.



La réserve
Les Cheyenne du Nord se remettent difficilement à vivre, ravagés par la maladie, la tristesse et l’alcool. Ils participent avec passion au mouvement messianique la Danse des Esprits en 1889-1890, dans l’espoir de retrouver leur vie ancienne et de voir revenir leurs morts. Certains des chants qui ont accompagné les cérémonies cheyenne ont été recueillis. Le thème cosmique, celui du renouvellement du monde, apparaît de manière évidente. Le corbeau est ici l’intercesseur entre le monde terrestre et celui des esprits. Le « père » signifie certainement à la fois Wowoka, le prophète de la Danse des Esprits, et Maheo le Grand Esprit.

Notre père est venu,
La terre est venue,
Elle se soulève,
Elle vibre.

La montagne, la montagne,
Elle tourne autour de nous

Le corbeau, le corbeau,
Je l’ai vu quand il s’est posé
Sur la terre.
Il a renouvelé notre vie,
Il a eu pitié de nous.

Le corbeau, le corbeau,
Il danse avec nous.
Son aile, son aile,
Je danse avec elle.

Mon amie, mon amie,
Allons jouer aux dés !
Allons chercher notre mère.
Notre père nous le dit.

Ce dernier chant a un caractère plus personnel. C’est celui d’une jeune femme, Moki, l’épouse du chef Great Left Hand, qui invite une amie à jouer au jeu favori des femmes cheyenne et à rechercher sa mère morte dans le monde des esprits. (voir « The Ghost Religion » de James Mooney)
Terriblement traumatisés par le massacre de Wounded Knee du 29 décembre 1890 qui a touché leurs amis Lakota, les Cheyenne interrompent les cérémonies, mais, au printemps 1901, des journaux du Montana rapportent que les Cheyenne du Nord dansent à nouveau la Danse des Esprits. L’agent de la réserve ordonne que les meneurs soient fouettés et mis aux travaux forcés.

Jusqu’à la fin du XIXème siècle, les Cheyenne du Nord parviennent à vivre encore partiellement de la chasse et de la cueillette sur leur réserve. Puis ils se mettent à cultiver le maïs et certains légumes le long des rivières, comme leurs ancêtres le faisaient deux cents ans au paravent, avant qu’ils ne deviennent chasseurs de bisons dans les Plaines. Ils fournissent du foin et du bois à leurs voisins blancs. Ils se révèlent d’excellents éleveurs et dresseurs de chevaux. A partir de 1900, ils ont un troupeau de bovins. En 1919, le Bureau des Affaires Indiennes décide qu’ils ont trop de chevaux dont la présence nuit au pâturage des bovins. Les chevaux cheyenne sont donc vendus ou abattus, une opération guidée par la malveillance et l’idéologie plutôt que par le souci de préserver les pâturages. De quinze mille, le nombre de chevaux des Cheyenne est tombé à trois mille. Les Cheyenne vivent très mal ce genre d’agression.



Préserver la terre cheyenne
Vers 1920, de fortes pressions s’exercent sur la tribu pour lui faire accepter le lotissement de sa réserve tel qu’il était prévu par la loi Dawes de 1887. Les Cheyenne résistent par tous les moyens possibles au démantèlement de leurs terres et de leur société. Mais en 1932, ils sont contraints d’accepter et l’année suivante le lotissement est effectué. Nous sommes heureusement à la veille de l’adoption par le Congrès de la loi de Réorganisation Indienne (IRA) proposée par le nouveau commissaire aux Affaires Indiennes John Collier, et les Cheyenne obtiennent que les terres « en surplus » ne soient pas mises en vente, mais laissées sous le contrôle tribal. Les Cheyenne s’estiment sauvés et leur situation matérielle et morale s’améliore. Dès 1936, la tribu se dote d’une constitution et d’un gouvernement officiel, un conseil tribal et un président élus, tel que le préconise l’IRA.
Mais dix ans plus tard, la politique américaine opère un nouveau virage : les mauvais jours sont de retour. En 1954, le Congrès vote la « loi de terminaison » qui entend mettre fin à la relation privilégiée des Indiens avec le gouvernement fédéral, une relation qui découle des traités. Les Cheyenne ne seront heureusement pas touchés par ces dispositions qui ont pour effet d’anéantir les tribus, cela, bien entendu, au nom de la « libération des Indiens », comme si les nations indiennes étaient avides de se dissoudre dans la société américaine.
Pourtant, les agents du Bureau des Affaires Indiennes et les spéculateurs fonciers qui convoitent les terres cheyenne n’abandonnent pas la partie. En 1957, le BIA met en vente cinq cent quarante cinq hectares de très belles prairies en parties boisées connues sous le nom de Bixby Tracts. La tribu cheyenne qui veut protéger l’intégrité de sa réserve entend se porter acquéreur. Pour disposer de la somme nécessaire, ils vendent pour quarante mille dollars de bétail, la presque totalité de leur troupeau. La somme n’est pas versée aux Cheyenne, mais retenue dans les caisses du BIA jusqu’au lendemain de la vente, et les Cheyenne désespérés voient Bixby Tracts adjugées à un Blanc. (voir p. 428 dans « Histoire des Indiens des Etats-Unis » de Angie Debo)
A partir de 1959, les Cheyenne, sous la présidence de John Wooden Leg, le petit fils du chef qui avait accompagné Dull Knife et Little Wolf en Territoire Indien en 1877, préparent un projet de « délotissement ». Ils demandent que les lots de terres mis en vente par des propriétaires cheyenne ne puissent être cédés qu’à la tribu elle-même, et sollicitent un prêt à long terme de 500 000 dollars pour effectuer ces rachats. Le ministre de l’intérieur Roger C. Ernst leur donne son accord, mais le directeur local du BIA estime que les Cheyenne doivent laisser des Blancs s’installer sur leur réserve « afin qu’ils puissent voisiner avec ces hommes blancs et apprendre à être pareils à eux », écrit-il dans une lettre à John Wooden Leg, une phrase qui aurait pu être écrite par les « assimilationnistes » du XIXème siècle. Et le BIA local met en vente treize lots qui jouxtent justement Bixby Tracts. Le jour de la vente, plusieurs fermiers blancs sont là, prêts à se porter acquéreurs. « Nous étions si tristes et en colère que nous ne pouvions plus parler », dit John Wooden Leg. Mais un coup de téléphone du ministre Ernst annule la vente. Les Cheyenne garderont ces terres, mais ils ne récupéreront jamais Bixby Tracts. A ce moment, John Wooden Leg déclare : « Être Cheyenne, c’est appartenir à une seule tribu et vivre sur la terre de nos ancêtres. La terre est tout pour nous. Elle est le support de notre mémoire collective .... Elle nous rappelle que nos ancêtres l’ont achetée au prix fort, au prix de leur vie ». (voir p. 430 dans « Histoire des Indiens des Etats-Unis)
Le processus de « délotissement » se poursuit et ne sera achevé que sous la présidence Kennedy. Les Cheyenne obtiennent des crédits qui permettent à la tribu le rachat de terres. Ainsi, les terres cheyenne demeurent entre des mains cheyenne. Dans les années 1960, les Cheyenne du Nord reçoivent des aides pour développer leur élevage, ainsi que leur artisanat traditionnel, le tourisme. Le taux de chômage diminue, ainsi que la mortalité. Les choses vont un peu mieux.









LES CHEYENNE DU SUD .

Entre 1825 et 1830, quittant les terres du Wyoming et du Montana, un important groupe de Cheyenne part vers le sud, atteignant le Kansas et l’est du Colorado. Un groupe d’Arapaho a suivi la même voie. Ils combattent pendant un temps les Comanche et les Kiowa qui suivent les mêmes pistes qu’eux, en particulier à la bataille de Wolf Creek.
Les Cheyenne du Sud ont d’abord de bonnes relations avec les Blancs qui se sont installés sur leur territoire pour faire du commerce. Au début des années 1830, le marchand Charles Bent fait construire un fort sur la rivière Arkansas. Ses fils et lui ont épousé des Indiennes et deviennent les fidèles alliés des Cheyenne. Fort Bent est alors un important centre de commerce entre Blancs et Indiens. En 1840, c’est à Fort Bent que Cheyenne et Arapaho du Sud font la paix avec leurs ennemis comanche et kiowa et fondent avec eux une alliance défensive qui se révélera particulièrement efficace contre les éleveurs blancs qui investissent leurs territoires de chasse.
A ce moment, les ennemis indiens de la nouvelle coalition cheyenne/ arapaho/ comanche/ kiowa sont les Pawnee. Au cours d’une bataille entre Cheyenne et Pawnee, l’une des flèches sacrées des Cheyenne est perdue. Pour venger cet affront, les Cheyenne massacrent un important groupe de Pawnee, avec femmes et enfants.



L’échange inégal
C’est en 1841 qu’un premier combat entre des Blancs et des Cheyenne aidés par des Sioux a lieu au Kansas sur la Snake River. Pourtant, l’année suivante, l’expédition conduite par l’explorateur John C. Fremont a des contacts amicaux avec des Cheyenne qui désirent faire du commerce, proposant l’échanger des fourrures contre des objets manufacturés : fusils, outils, étoffes, ustensiles ménagers, perles, miroirs, etc.
L’échange devient vite extrêmement défavorable aux Cheyenne. Non seulement les Indiens deviennent dépendants des marchandises européennes dont ils ne peuvent plus se passer, mais ils doivent pour les obtenir intensifier la chasse. Le castor, la loutre disparaissent des cours d’eau. Ils échangent ensuite des peaux de bison dont le nombre semble alors illimité. Souvent, hélas, une partie des peaux est payée en alcool. On imagine facilement les conséquences dramatiques de cette pratique sur la société indienne, en particulier sur les femmes et les enfants. Les malheureuses femmes cheyenne, ne pouvant plus se livrer à leurs agréables et valorisant travaux de broderie, s’épuisent à tanner des peaux que leurs frères et maris échangeront contre de l’alcool. Quand, se querellant, les hommes ivres rentrent au village, elles doivent souvent aller se cacher dans les bois avec leurs enfants pour échapper aux violences provoquées par l’alcool, jusque ce que les hommes aient recouvré leurs esprits. Certains commerçants blancs particulièrement « généreux » n’hésitent pas à apporter leurs tonneaux de whisky jusque dans les villages de leurs « amis cheyenne », incitant hommes, femmes et enfants à boire. Leur intention est bien celle de tous les « dealers » du monde : rendre leurs victimes dépendantes de leur drogue.

En 1856, des Cheyenne sont accusés d’avoir volé des chevaux à des colons qui réclament l’intervention de l’armée. Les incidents entre Indiens et Blancs se multiplient. Le 29 juillet 1857, des cavaliers commandés par le colonel Edwin V. Sumner rencontrent sur la Solomon River trois cents guerriers cheyenne qui leur barrent le passage. Forts de l’invulnérabilité aux armes à feu que leurs hommes médecine leur ont promise, les trois cents guerriers font face aux soldats et se mettent à chanter en levant les mains. Contre toute attente, les dragons n’utilisent pas leurs armes à feu, mais chargent sabre au clair. La magie qui devait agir contre les fusils est inopérante et les guerriers cheyenne, surpris, doivent fuir pour éviter d’être taillés en pièces. Une dizaine d’entre eux ont perdu la vie. C’est le premier combat entre les Cheyenne du Sud et l’armée américaine. La même année, de l’or est découvert au Colorado près de Pike’s Peak. Cheyenne et Arapaho subissent de plein fouet la ruée des prospecteurs et des colons.



Des chefs pacifistes
En 1861, Black Kettle, White Antelope et Lean Bear, des chefs « pacifistes » signent le traité de Fort Wise par lequel les Cheyenne du Colorado acceptent d’échanger leur territoire contre des terres en Arkansas. En janvier 1863, les chefs pacifistes se rendent à Washington où le président Abraham Lincoln donne à chacun une médaille en signe de paix et d’amitié. Cependant, la majorité des Cheyenne, avec les guerriers d’élite les Dog Soldiers, refuse de céder ses territoires de chasse et résiste farouchement. Il est devenu pratiquement impossible pour les Indiens de chasser dans un pays maintenant occupé par les troupeaux des éleveurs blancs et l’hiver 1863-1864 est pour les Cheyenne du Sud et leurs alliés arapaho celui de la faim.
John Evans, gouverneur du Colorado, qui veut « ouvrir le territoire à la civilisation et au développement », crée au printemps 1864 une milice qu’il place sous les ordres du colonel John M. Chivington, un ancien pasteur méthodiste, connu pour la haine qu’il porte aux Indiens. En avril, un fermier de la vallée de la Platte signale la disparition de deux chevaux qu’il attribue naturellement « aux Indiens ». Le lieutenant Abel Tanner tombe alors sur un campement d’Arapaho où il tue quarante-trois hommes, femmes et enfants. La presse locale applaudit. En juin, le lieutenant George S. Eayre, agissant sous les ordres de Chivington, rencontre le chef cheyenne Lean Bear et un groupe de guerriers qui chassent le bison près d’Ash Creek. Les soldats tuent Lean Bear qui s’avançait pour parlementer, montrant la médaille de paix du président Lincoln. Des guerriers poursuivent les soldats jusqu’à Fort Larned qu’ils auraient incendiés si Black Kettle n’avait réussi à les retenir.
L’assassinat de Lean Bear excite la fureur des Cheyenne. Avec leurs alliés Arapaho, Kiowa et Comanche, auxquels se sont joints les Lakota de Spotted Tail et de Pawnee Killer, les Cheyenne conduits par le chef Roman Nose lancent de violentes attaques contre les ranchs et les fermes des colons, les diligences, les relais de poste. En deux mois, plus de cinquante Blancs sont tués au Colorado. Les routes menant à Denver sont coupées. La population du Colorado exige du gouverneur John Evans que l’armée intervienne pour la protéger. Les soldats pourchassent les Cheyenne partout où ils se trouvent, combattant non seulement les guerriers des Dog Soldiers mais s’attaquant aussi aux villages pacifiques.
En août, Chivington recrute pour une durée de cent jours un contingent de plusieurs centaines d’hommes, choisis parmi les pires citoyens de Denver, qui constitue le 3ème régiment de Volontaires du Colorado. Pour le colonel Chivington, tuer les Indiens représente une véritable croisade. Chivington met ses talents de journaliste au service de la presse locale qui reflète l’opinion de la grande majorité des Blancs de l’Ouest. Il écrit : « L’Indien doit être exterminé. Il n’a aucun droit sur cette terre que Dieu nous destinait afin que nous la fassions fructifier. Il n’a pas le droit de chasser le bison sur les champs que nous souhaitons labourer et la seule réponse logique à ses déprédations est l’extermination totale. Lui, ses affreuses squaws et ses enfants criminels doivent être exterminés et ce territoire doit s’y employer, et le plus tôt sera le mieux ».
Les Volontaires du Colorado inaugurent leur campagne en détruisant tous les villages cheyenne qu’ils rencontrent, massacrant les habitants qui n’ont pas pu fuir. Cependant, Black Kettle et plusieurs autres chefs font connaître leur désir de rester à l’écart du conflit, conscients de l’immense puissance des Blancs et de l’inutilité de la résistance.
Fin août 1864, Black Kettle et White Antelope se mettent sous la protection du major Edward W. Wynkoop qui commande à Fort Lyon, l’assurant de leurs intentions pacifiques. Le 28 septembre, Wynkoop organise à Camp Weld, près de Denver, un conseil entre les Cheyenne pacifistes et les autorités militaires. Les Indiens reçoivent l’assurance formelle qu’ils ne seront pas inquiétés s’ils installent à Sand Creek, un petit affluent de la rivière Arkansas à l’est de Denver. Un drapeau américain est remis à Black Kettle. Les Indiens promettent de ne causer aucun ennui aux Blancs s’ils reçoivent suffisamment de nourriture pour passer l’hiver. Le major Wynkoop le leur promet. Cependant, l’agent Colley fait le commentaire suivant : « A présent, je pense qu’un peu de poudre et de plomb serait la meilleure nourriture pour eux », ce qui donne une idée des sentiments qui avaient cours à ce moment chez les Blancs à l’égard des Indiens.



Sand Creek
Le gouverneur Evans est déconcerté par le désir de paix exprimé par Black Kettle et White Antelope, ainsi que par les Arapaho de Left Hand et Little Raven qui se sont joints à eux. Il déclare : « Et que ferais-je du 3ème régiment du Colorado si je conclus la paix avec les Indiens ? Les soldats ont été formés pour tuer des indiens et ils doivent continuer à tuer des Indiens ! Je ne veux aucune paix tant que les Indiens n’auront pas davantage souffert ! »
A la demande du gouverneur Evans, Wynkoop, jugé trop favorable aux Indiens, est remplacé en novembre par le major Scott J. Anthony. Les Indiens qui campent autour de Fort Lyon sont incités à s’installer à Sand Creek. Avec la complicité du gouverneur Evans et du colonel Chivington, Anthony élabore un plan destiné à les anéantir. Le contrat d’engagement des Volontaires du Colorado se terminant fin novembre, il n’y a plus de temps à perdre. Le 20 novembre, Anthony autorise les Cheyenne et les Arapaho de Sand Creek à aller chasser à plus de quatre-vingt kilomètres de là, privant le village d’une grande partie de ses défenseurs. A trois de ses officiers qui traite de félonie l'attaque projetée contre les Indiens, Chivington répond : « Il faut collectionner les scalps .... s’y mettre pour que ça saigne .... attendre la bonne occasion pour leur tomber dessus ...Maudit soit tout homme qui sympathise avec les Indiens ! J'ai décidé de tuer des Indiens et je crois juste et honorable d'employer tous les moyens possibles pour le faire. »
Durant la nuit du 28 au 29 novembre, les sept cent hommes de Chivington, munis de quatre obusiers, progressent dans une neige épaisse vers le village cheyenne. A l’aube du 29, les soldats, ivres pour la plupart, se jettent sur le camp endormi. Chivington a donné ses ordres : « N’épargnez personne, même les bébés, car les lentes font les poux » (nits make lice). Avant de tomber criblé de balles, le vieux chef White Antelope avait tenté de protéger des femmes et des enfants en les rassemblant autour du drapeau blanc et de la bannière étoilée qui flottaient sur sa tente. Black Kettle, blessé, parvient à s’échapper. Les soldats massacrent avec une rare sauvagerie plus de deux cents Cheyenne dont une majorité de vieillards, de femmes et d’enfants. Les femmes sont violées et éventrées, les enfants découpés au sabre. Tous les Indiens sont scalpés et affreusement mutilés. Le chef arapaho Left Hand et les siens qui campaient avec les Cheyenne ont également trouvé la mort. Les Arapaho de Little Raven, méfiants, se sont installés le long de la rivière Arkansas. C’est ce qui les a sauvés. Les soldats ont eu neuf tués, tombés pour la plupart sous le feu désordonné des leurs.
Les vainqueurs défilent triomphalement dans les rues de Denver, brandissant les scalps et d’affreux trophées découpés sur le corps de leurs victimes. Sur la scène du grand théâtre de la ville, deux cents scalps et deux cadavres d’enfants sont présentés devant un public hurlant d’enthousiasme.
Une commission d’enquête parlementaire est constituée, car certains citoyens ont été choqués par ce qui s’est passé. L’un des deux soldats qui ont témoigné pour confirmer les atrocités est abattu en pleine rue. L’autre doit s’enfuir pour échapper au même sort. Finalement, on n’aboutit qu’à la destitution du colonel Chivington. Dans les années suivantes, Chivington dirige une entreprise de transport, puis devient journaliste. Il ne craint pas d’affirmer : « J’ai tenu bon à Sand Creek !». A sa mort en 1894, Chivington est honoré « comme un pionnier et un héros » par les habitants de Denver et par l’Eglise méthodiste. Une petite ville de l’est du Colorado porte son nom.



« Une injustice sans pareille »
Le massacre de Sand Creek est un choc terrible pour tous les Indiens des Plaines. Il leur démontre l’inutilité d’une politique de compromis. Les combats redoublent. Des Cheyenne du Nord, des Lakota viennent prêter main-forte à leurs frères du sud.
Comme une certaine accalmie règne sur le Territoire du Colorado en ce début d’année 1866, la général Sherman, en tournée d’inspection durant l’été, déclare : « Je ne vois pas comment nous pourrions trouver une excuse convenable pour déclarer la guerre aux Indiens, et Dieu sait quand nous y parviendrons ». Finalement, le haut commandement renoncera à trouver cette « excuse convenable ».
Au printemps 1867, le général Winfield S. Hancock entame une active campagne militaire. Il a choisi de concentrer ses efforts sur l’extermination des Cheyenne qui, selon lui « méritent, tout autant que les autres, une bonne correction ». Il a sous ses ordres une recrue de choix, le bientôt fameux lieutenant-colonel George A. Custer. Partant de Fort Larned, les mille quatre cent soldats pourchassent sans répit les Indiens et détruisent de nombreux villages dont, à Pawnee Creek le 13 avril, le camp de Bull Bear et Roman Nose que ses habitants viennent heureusement d’abandonner à l’annonce de l’approche des troupes. Hancock déclare voir dans cette fuite une preuve de la « traîtrise des Indiens ».
Mais l’efficacité de cette campagne cruelle et onéreuse reste faible. Voici ce qu’en disait le général Sanborn en tournée d’inspection, dans son rapport au ministre de l’intérieur : « Les opérations du général Hancock ont été tellement désastreuses pour les intérêts publics et me paraissent si inhumaines que je juge nécessaire de vous communiquer mon point de vue à ce sujet. Pour une nation puissante comme la nôtre, poursuivre une guerre contre quelques nomades disséminés qui luttent à la débandade, c’est donner un spectacle des plus humiliants, commettre une injustice sans pareille, perpétrer un crime national des plus révoltants qui doit, tôt ou tard, attirer sur nous et notre postérité le jugement de Dieu ».
Les guerriers indiens poursuivent leurs attaques contre les relais de diligences, les lignes de télégraphe qu’ils arrachent, les voies de chemin de fer dont ils tordent les rails, tentant désespérément d’endiguer l’inexorable avancée des envahisseurs.



Une réserve en Territoire Indien
Les nations des Plaines du Sud signent en octobre 1867 le traité de Medicine Lodge par lequel les Cheyenne et les Arapaho reçoivent, dans le sud du Territoire Indien, une réserve commune bordée par la North Canadian River, tandis que Comanche et Kiowa se partagent une autre réserve. Le centre administratif de la réserve cheyenne/arapaho est Darlington Agency.
La majorité des Cheyenne a rejoint la réserve, mais le traité est à peine signé que des colons s’y installent, tuant le gibier, accaparant les points d’eau, volant les chevaux des Indiens, commettant les plus graves exactions en toute impunité. Les Cheyenne connaissent bientôt les pires conditions de vie, aggravées par les maladies qui frappent particulièrement leurs enfants. L’agent de la réserve s’efforce pourtant d’obtenir la construction de bâtiments, la fourniture de matériel, d’outils destinés à améliorer la vie des Indiens, à les transformer en agriculteurs chrétiens et éduquer leurs enfants à la civilisation. Mais les rations allouées aux Indiens sont insuffisantes et l’agriculture très décevante.
Plus encore que les difficultés matérielles, c’est le sentiment de frustration, la honte de leur liberté perdue qui rongent les Indiens maintenant prisonniers des réserves, et nombreux sont ceux qui rejoignent les Dog Soldiers irréductibles, les guerriers de Tall Bull et Roman Nose qui dévastent les établissements des colons le long des rivières Solomon et Sabine. Le plus violent combat a lieu le 17 septembre 1868 à Beecher’s Island.
Sur l’Arikaree Creek, un petit affluent de la rivière Republican, les Cheyenne de Tall Bull et de Roman Nose et les Lakota de Pawnee Killer attaquent le campement des « Eclaireurs de Forsyth », une troupe d’élite formée par le major du même nom. Les soldats se retranchent dans une petite île au milieu de la rivière asséchée. Après deux charges infructueuses, les Indiens reculent sous le tir meurtrier des assiégés puissamment armés. La troisième charge est conduite par Roman Nose lui-même. Alors qu’il s’approche des retranchements ennemis, il est mortellement touché. Les Indiens décident alors d’assiéger les hommes du major Forsyth. Pendant neuf jours, les Indiens assaillent sans répit les Blancs qui se trouvent à court de vivres et de munitions. Cependant, deux hommes ont pu se glisser à travers les lignes indiennes, rejoindre Fort Wallace et ramener des renforts. A l’arrivée des secours, les Indiens quittent les lieux. S’ils n’ont eu qu’une dizaine de tués, les Indiens ont subi une perte irréparable en la personne de Roman Nose, leur plus grand chef de guerre.



Washita River
A l’aube du 27 novembre 1868, quatre ans exactement après Sand Creek, le village de Black Kettle installé le long de la rivière Washita sur la réserve cheyenne est attaqué par le 7ème régiment de cavalerie du lieutenant-colonel Custer.
Partis de Camp Supply sur la Canadian River, les éclaireurs osage de Custer ont suivi la piste de Dog Soldiers cheyenne qui reviennent d’un raid. Cette piste les conduit à un gros village situé dans la vallée enneigée de la Washita River. C’est celui du chef Black Kettle qui s’efforce depuis toujours de maintenir la paix. Il n’est pas rare que Black Kettle donne asile, plus ou moins volontairement, à des combattants indiens poursuivis par l’armée.
Black Kettle, qui veut à tout prix éviter que le cauchemar de Sand Creek ne recommence, s’avance vers les soldats pour parlementer. En vain. Au son de Garry Owen, la marche du régiment, les cavaliers de Custer chargent le village. Ils abattent les gens sortant des tipis, massacrant hommes, femmes et enfants en fuite. Black Kettle et sa femme sont abattus au moment où ils tentent de passer la rivière. Cent quarante morts gisent dans la neige. Custer fait abattre les neuf cents chevaux des Indiens.
Pourtant, les soldats ne peuvent achever leur œuvre de destruction et doivent se replier rapidement car d’importants renforts cheyenne et arapaho remontent la vallée. Vingt cavaliers conduits par le major Joel Elliot contiennent la vigoureuse contre-attaque indienne. Ils sont tués jusqu’au dernier. Les soldats de Custer emmènent plusieurs dizaines de femmes et d’enfants cheyenne qu’ils garderont prisonniers tout l’hiver à Camp Supply. A la suite du massacre de Washita, Custer passe en conseil de guerre, non pour la brutalité de son attaque, mais parce qu’il a négligé de porter secours au groupe du major Elliot tombé aux mains des Arapaho.

La pression de l’armée se fait plus forte contre les Indiens qui résistent encore. En mars 1869, les chefs Medicine Arrows et Little Robe se rendent. Tall Bull qui a succédé à Roman Nose à la tête des Dogs Soldiers décide de rejoindre les Cheyenne du Nord et les Lakota qui résistent toujours au Wyoming. Le 19 avril, un important groupe de guerriers cheyenne est intercepté à Summit Spring, au Nebraska, par les trois cents soldats du général Eugene A. Carr conduits par cent cinquante éclaireurs pawnees. Le célèbre Buffalo Bill est avec eux. Par deux fois les guerriers cheyenne repoussent les attaques, permettant aux femmes et aux enfants de fuir. Tall Bull, retranché dans un ravin avec une douzaine de guerriers tient tête pendant plusieurs heures aux soldats et aux Pawnees. Il est finalement abattu avec tous ses compagnons. Le lendemain, les soldats incendient le camp indien et tout ce qu’il contient. Les Cheyenne ont perdu plus de cinquante des leurs et le dernier de leurs grands chefs de guerre.



L’ultime résistance
Au Kansas, à partir de 1872, des équipes de géomètres commencent à arpenter le terrain en vue de l’installation des colons et de la construction de voies ferrées. Les résistants cheyenne les attaquent. Au printemps 1873, une équipe d’arpenteurs est massacrée par les Cheyenne près de Camp Supply. Des Dog Soldiers - ils sont moins de deux cents - entrent au Colorado, semant la panique. Sur la réserve cheyenne/arapaho, l’agence de Darligton est un moment menacée, du bétail volé.
Des chasseurs blancs de plus en plus nombreux pénètrent maintenant sur les réserves reconnues aux tribus signataires du traité de Medicine Lodge. Le général William T. Sherman les y encourage, voyant dans l’extermination des bisons le moyen de venir à bout des tribus qui tentent encore de vivre de la chasse et refusent d’adopter le mode de vie des Blancs. C’est avec beaucoup d’inquiétude que les Indiens voient disparaître les bisons qui constituent leur principal moyen d’existence. En juin 1874, ils décident d’attaquer le poste d’Adobe Walls, situé sur la Canadian River, quartier général d’un important groupe de chasseurs de bisons.
Dans la nuit du 26 juin, sept cents guerriers - Cheyenne, Arapaho, Kiowa, Comanche, Apache - se sont dissimulés autour du poste. L’effet de surprise doit jouer. Mais quelques instants avant l’aube, un incident tout à fait fortuit survient qui réveille les vingt-huit chasseurs présents dans le poste. Quand les Indiens lancent l’attaque, ils trouvent des défenseurs prêts à les recevoir. Ce sont des tireurs expérimentés, puissamment armés, bien protégés derrière une palissade et de solides murs d’argile munis de meurtrières, contre lesquels les charges indiennes se brisent les unes après les autres. Les Indiens atteignent le mur d’enceinte, mais sont repoussés par le tir précis des défenseurs. Le chef comanche Quanah Parker est blessé. L’un des Blancs, traversant les lignes indiennes, parviendra à rallier Fort Dodge, mais les secours n’arriveront que deux semaines plus tard. Pendant trois jours, les Indiens assiègent les chasseurs, et finalement décrochent. Ils laissent sur le terrain dix morts dont les têtes seront clouées sur les remparts du poste. Les chasseurs, qui ont perdu quatre des leurs, quittent la région. Les Indiens reviendront plus tard incendier le poste.
Durant toute l’année 1874, de petites bandes de guerriers cheyenne souvent aidés par des Arapaho, des Comanche, poursuivent leurs actions de guérilla contre les fermes, les ranchs, les convois de marchandises. Le général Philip Sheridan reçoit l’ordre de détruire tous les rassemblements indiens qu’il pourra rencontrer en dehors des réserves et de poursuivre les combattants sur les réserves mêmes si nécessaire. Plusieurs villages indiens sont ainsi détruits et leurs habitants qui n’ont pu fuir massacrés. En août, le général Nelson Miles dévaste les villages indiens à la frontière nord du Texas.
Venant de Fort Concho avec sept cents cavaliers guidés par des éclaireurs tonkawa, le colonel Ranald S. Mackenzie traque les Indiens à travers les Staked Plains du nord du Texas. Le 14 septembre, Mackenzie qui a fait torturer un Cheyenne prisonnier, apprend où se cache un important village indien. Les éclaireurs guident les soldats vers le canyon de Palo Duro, quartier général de la résistance. Mackenzie lance ses cavaliers contre le camp de tipis. Les guerriers résistent bravement à l’assaut, mais la pression est trop forte et les Indiens refluent lentement. Mackenzie ne prend pas la peine de les poursuivre. Il fait détruire toutes les provisions d’hiver des Indiens et ordonne d’abattre les deux mille chevaux.
Les Indiens ont perdu une soixantaine des leurs et la destruction du camp de Palo Duro est pour eux un coup terrible. Affamés, épuisés, les clans indiens poursuivis sans relâche par l’armée pendant tout l’hiver se rendent les uns après les autres. La résistance indienne a pris fin dans les Staked Plains.

Afin d’apaiser le ressentiment de la population blanche irritée par la résistance indienne et les déprédations qui en résultent, des dizaines de guerriers cheyenne, arapaho, kiowa, comanche qui ont été capturés au cours des divers combats sont accusés de crimes de guerre, sans qu’on puisse rien leur reprocher d’autre que d’avoir combattu. Déportés à Fort Marion en Floride, ils seront pris en main par le capitaine Pratt qui s’illustrera quelques années plus tard en créant en Pennsylvanie l’école de Carlisle pour l’éducation des jeunes Indiens.
Les combats ont pris fin dans les Plaines du Sud, mais quelques Cheyenne du Sud parviennent à rejoindre leurs frères qui résistent encore dans le nord avec les Lakota. Certains participent à la bataille de Little Bighorn du 25 juin 1876. Les autres ont du se résigner à la vie de la réserve où l’extrême misère régnera pendant de nombreuses années.



Agriculture, élevage et propriété privée
La réserve cheyenne/arapaho du Territoire Indien se prête mal à l’agriculture, un travail que les Indiens détestent. Aussi, au début des années 1880, l’agent de la réserve aide au développement de l’élevage des bovins et des chevaux, une activité qui convient beaucoup mieux aux Indiens qui connaissent aussitôt une remarquable réussite. Mais dès 1886, le nouvel agent entend rendre la priorité de l’agriculture. Une sorte de résistance passive s’organise.
Le coup fatal est porté aux tribus l’année suivante avec l’adoption par le Congrès de la loi de lotissement général des réserves indiennes, dite Loi Dawes. Il s’agit de donner une petite propriété, environ 80 hectares, à chaque « chef de famille », une notion difficile à saisir pour les Indiens. Les terres non-loties dites « en surplus » sont mises en vente auprès des colons. Comme à ce moment, la population indienne est au plus bas, on comprendra facilement qu’il y aura beaucoup de « surplus ». Ainsi, pour la réserve cheyenne arapaho, la superficie de terre restant entre les mains des Indiens se trouve divisée par huit ! L’opération de lotissement s’est faite sans l’accord de la tribu, un accord qui, même théorique, était pourtant prévu par la loi. Une forte résistance s’organise, conduite par les Dog Soldiers dont la société se maintient dans la clandestinité. Ils arrachent les piquets d’arpentage, les clôtures, menacent de mort les Cheyenne qui ont accepté leur lot, abattent leur bétail. Pourtant, le lotissement destructeur se fera inexorablement. La pression est trop forte.
En 1889-1890, c’est le fol espoir suscité par la Danse des Esprits. Cheyenne et Arapaho du Sud poursuivront les cérémonies jusqu’en 1893. Puis ils devront se résigner au nouvel ordre du monde.
En 1914, le gouvernement fédéral interdit aux Cheyenne/Arapaho la possession en commun de leur troupeau de bovins et de chevaux, estimant que l’individualisation de ces Indiens ne progresse pas assez vite. Peu à peu, les Cheyenne du Sud doivent s’adapter à leurs nouvelles conditions de vie. Ils partagent toujours avec les Arapaho des terres sous statut fédéral situées au sud-ouest de l’Oklahoma et dont la capitale est Concho.









LES CHEYENNE AUJOURD’HUI

Au sud
Il y a assez peu de choses à dire sur le présent des Cheyenne du Sud, du moins en tant que Cheyenne.
Les terres qu’ils partagent avec les Arapaho du Sud ont perdu le statut de réserve à la suite de la loi de lotissement des terres indiennes et l’ouverture des terres « en surplus » à l’installation des colons. En 1898, le « Curtis Act » avait dissout les gouvernements autonomes des nations indiennes du Territoire Indien.
Il s’agit plutôt actuellement de communautés indiennes dispersées au milieu d’agglomérations blanches. Leurs communautés ont cependant le statut de « trust lands » gérées par le Bureau des Affaires Indiennes installé à Anadarko. Ils ont conservé certains droits tribaux, en particulier des droits sur le sous-sol.
Les Cheyenne du Sud vivent principalement d’agriculture, d’élevage et des royalties provenant des mines exploitées sur leur territoire. Leur mode de vie est celui des Blancs de la région. Moins traditionalistes que les Cheyenne du Nord, ils se sont relativement bien adaptés à la vie moderne. Pourtant, il y a tout lieu de croire que des sociétés guerrières existent toujours dans une relative clandestinité, exerçant une influence occulte mais non négligeable sur la société cheyenne. Des Danses du Soleil ont lieu tous les ans à Concho, des cérémonies auxquelles se rendent certains Cheyenne du Montana.
Durant l’été se tiennent plusieurs fêtes et pow wow marqués par des danses traditionnelles et des foires à l’artisanat. La ville de Cheyenne, à l’extrême sud-est de l’état de Wyoming, abrite un « Black Kettle Museum » qui retrace l’épopée des Cheyenne du Sud à travers les tragiques événements de Sand Creek et de Washita River.
Le poète Lance Henson est un Cheyenne du Sud.






Au nord
La réserve des Cheyenne du Nord, officiellement ouverte, rappelons-le, le 26 novembre 1884, est située au sud-est de l’Etat du Montana, bordée à l’est sur la Tongue River, traversée par la haute vallée de la Rosebud River et s’appuyant à l’ouest sur la réserve crow. La capitale de la réserve est Lame Deer, un nom donné en hommage au chef minnecoujou qui avait trouvé la mort à cet endroit lors de la rencontre du 7 mai 1877 avec le général Nelson Miles, le dernier combat des Indiens des Plaines.

La terre et le peuple
La réserve, partagée entre les comtés de Rosebud et de Bighorn, compte 177 872 hectares, dont 98% sont entre les mains des Cheyenne, soit comme terres tribales, soit comme propriétés individuelles, un record absolu pour les réserves indiennes des Etats-Unis.
La constitution de la tribu adoptée en 1936 met le pouvoir entre les main d’un conseil tribal de dix-neuf membres renouvelé tous les deux ans et d’un président qui demeure quatre ans en fonction, sans élections primaires, ce qui entraîne une multiplicité de candidatures.
L’enrôlement tribal approchait les 7 000 personnes en l’an 2 000, dont environ 2 500 vivent hors de la réserve, dans les villes voisines pour la plupart. La population cheyenne est extrêmement jeune : 63% a moins de dix-huit ans, ce qui laisse espérer un taux d’accroissement rapide, une situation très prometteuse que les Cheyenne partagent avec les autres Indiens du Montana. Les Cheyenne du Nord sont parmi les moins métissés des Indiens des Etats-Unis. Environ la moitié ont au moins 50% d’ascendance cheyenne. Si l’on y ajoute les personnes issues de mariages avec des Indiens d’autres tribus, le pourcentage de « sang indien » est ici l’un des plus élevé parmi les nations indiennes. Par contre le taux de maintien de la langue tribale est relativement bas (de beaucoup inférieur à celui de leurs voisins crow) le nombre de personnes âgées étant faible.


Forêts et pâturages
Environ 30% de la réserve sont couverts de forêts, essentiellement du pin ponderosa, de faible valeur marchande. La gestion des forêts et leur exploitation conduite avec le souci de préserver la ressource, ainsi qu’une scierie (possédée et exploitée par St. Labre Mission) emploient plusieurs centaines de personnes à temps plein. Vers 1995, plus de la moitié des revenus provenant des activités commerciales de la tribu venaient de l’exploitation forestière. Mais les fréquents incendies mettent en danger les forêts tribales.
L’agriculture, peu favorisée par un climat rude et sec, n’occupe que 3% de la réserve. Les meilleures terres agricoles se trouvent le long de la Tongue où l’irrigation est possible. Le reste est laissé en prairies. La production de fourrage et l’élevage extensif des bovins sont d’importantes ressources pour les fermiers cheyenne.
Les Cheyenne n’ont pas jusqu’à présent une véritable politique de gestion de la faune sauvage. Le nombre de cerfs et d’antilopes a tendance à diminuer, la chasse n’étant pas réglementée. La pêche, à la truite notamment, se développe dans les torrents de la réserve et attire quelques touristes.


Le charbon
La difficile question de l’exploitation du charbon divise les membres de la tribu. Dans les années 1960-1970, des mines à ciel ouvert ont été exploitées sur la réserve. La tribu a profité dans une certaine mesure des revenus de ces mines qui ont cependant entraîné une redoutable pollution de l’air et des eaux, un bouleversement des paysages, une situation que déplorent les plus traditionalistes des Cheyenne qui y voient non seulement une nuisance mais surtout une atteinte à leur culture et à leur spiritualité fondées sur le respect de la terre. D’autres gisements importants existent, notamment dans la région d’Ashland, sur la Tongue, à l’est de la réserve et des propositions d’exploitation ont été faites par North American Coal Corporation. La recherche pétrolière conduite par la compagnie ARCO sur l’ensemble de la réserve n’a finalement pas abouti. Les Cheyenne redoutent de s’engager dans une nouvelle exploitation minière qui aliénerait leurs droits et serait préjudiciable à leur environnement. Ils craignent aussi que ce genre de développement n’attire sur leur réserve un afflux de Blancs, une invasion à laquelle ils ont jusque là résisté. Certains Cheyenne voient pourtant dans une exploitation maîtrisée par la tribu une solution aux problèmes de développement et de création d’emplois auxquels ils sont confrontés.
Comme les autres Indiens des Plaines, les Cheyenne connaissent un taux de chômage élevé (environ 70%) et une pauvreté généralisée. Aucune grande entreprise génératrice d’emplois n’existe sur la réserve, et c’est certainement un choix qu’ont fait les Cheyenne. L’économie met un certain espoir dans la petite entreprise, le commerce, l’artisanat. Il y a quelques belles réussites. « Morning Star Enterprise », une société créée en 1974 par Suzanne Small Trusler, construit des bâtiments tribaux aussi bien que des maisons individuelles. Employant des membres de la tribu, Morning Star étend maintenant ses activités hors de la réserve.


Tourisme
Le tourisme est peu développé, faute d’infrastructures et d’une volonté de s’ouvrir vers l’extérieur - sans doute encore la crainte de l’afflux d’étrangers. Cependant, les « Cheyenne Trailriders », une entreprise gérée par la famille Spang accueille des touristes sur son ranch et organise des randonnées équestres sur la réserve. Signalons la tenue en juin à Lame Deer du « Northern Cheyenne Pow-wow ». Egalement à Lame Deer, le musée tribal présente l’histoire et la culture cheyenne, avec une exposition vente d’objets d’artisanat fabriqués par les membres de la tribu.
La mission catholique de St. Labre installée fondée en 1884 à Ashland, outre une école privée de très bon niveau fréquentée par des jeunes Cheyenne et des Crow, possède un remarquable Musée des Indiens des Plaines qui présente de beaux objets anciens, des documents historiques de grande valeur. La mission, qui fonctionne sur des fonds privés, comporte une clinique, un centre de traitement pour alcooliques, offre des bourses d’études. La nouvelle église, d’une architecture assez contestable - elle a la forme d’un tipi de béton ! - marque probablement le désir des pères jésuites de s’ouvrir à la culture indienne.


L’éducation
L’éducation compte parmi les réussites des Cheyenne du Nord. A Lame Deer, ils ont créé « Dull Knife Memorial College », un établissement d’enseignement supérieur de bonne réputation dont les effectifs sont en constante augmentation. Comme dans tous les collèges tribaux, l’enseignement de la culture, de la langue, de l’histoire tribale donné par des Anciens, comme William Tallbull, occupe une place importante. Norma Bixby, qui a été longtemps directrice du conseil pour l’éducation indienne au Montana, dirige le collège depuis 1987.
Les Cheyenne se battaient depuis les années 1960 pour obtenir à Lame Deer l’ouverture d’une école publique de niveau primaire, alors que le nombre de jeunes Cheyenne en âge scolaire dépassait quatre cents. Les enfants cheyenne devaient aller dans des écoles hors de la réserve, Hardin, Colstrip et Busby, fort éloignées, ou bien à l’école catholique de Saint Labre. En 1984, l’école de Busby fermait faute de crédits, et la scolarisation des jeunes Cheyenne qui la fréquentaient n’était plus assurée. En 1994, les Cheyenne obtenaient gain de cause et l’école de Lame Deer, comprenant l’école élémentaire et le collège, était inaugurée dans l’enthousiasme.


« Native Action »
En 1984, l’association « Native Action » était créée par Gail Small, une nièce de John Wooden Leg qui avait présidé la nation dans les années 1950. L’association joue un rôle important dans tous les aspects de la vie matérielle, politique, sociale et culturelle des Cheyenne du Nord et des Indiens du Montana.
« Native Action » obtenait en 1991, grâce au « Community Reinvestment Act », que les banques accordent les crédits nécessaires à toutes les personnes vivant dans leur secteur d’activité, y compris celles à faible revenu, une initiative étendue aux autres réserves indiennes du Montana. Une active chambre de commerce a été créée à Lame Deer. L’association a mené plusieurs actions en justice, notamment contre les nuisances occasionnées par les mines de charbon exploitées à quelques kilomètres au nord de la réserve et contre la construction de plusieurs centrales électriques au charbon. Le rôle de « Native Action » a été déterminant dans la lutte pour l’ouverture en 1994 de l’école de Lame Deer. L’association a également obtenu du conseil tribal le vote de diverses ordonnances concernant la protection des enfants et des Anciens, la violence domestique, la sauvegarde de l’environnement.
« Native Action » organise à Lame Deer la réunion annuelle de la « Sisterhood Alliance » qui réunit les femmes des Cheyenne, des Lakota et des Arapaho, les trois tribus unies au XIXème siècle dans la lutte contre l’invasion blanche, une réunion durant laquelle les femmes confrontent leurs expériences et discutent de l’avenir de leurs peuples. En 1995, des étudiants de Lame Deer ont créé « Native Reign », un groupe de danseurs et de chanteurs qui mêle la tradition indienne et la musique moderne. Ils font des tournées à travers tous les Etats-Unis et entendent jouer un rôle de modèle pour éloigner les jeunes Indiens de l’alcool et de la drogue.


Se souvenir pour préparer l’avenir
Malgré un fort contentieux historique, les traditionalistes cheyenne ont établi des relations suivies avec certains de leurs voisins crow qui partagent les mêmes valeurs qu’eux, et la méfiance entre les deux nations s’est estompée. Les sociétés de guerriers existent toujours et des Lakota y sont toujours accueillis. Désormais, certains aspects de la société et de la religion cheyenne traditionnelles tentent de se reconstituer dans la discrétion.
Les Cheyenne n’ont pas oublié les souffrances et le courage de leurs ancêtres qui ont lutté pour que la nation cheyenne survive. En 1999 a eu lieu la première « Memorial Breakout Run », une course qui part de Fort Robinson le 9 janvier pour atteindre la réserve cheyenne cinq jours plus tard. Les Cheyenne veulent ainsi faire le parcours que n’avaient pu terminer leurs ancêtres massacrés à Fort Robinson en janvier 1879. Au moins cinq cents participants s’engagent chaque année dans la course. Beaucoup sont des Lakota, amis et frères d’armes des Cheyenne.. Durant la cérémonie de prière célébrée au départ de la course, sur le site même du massacre, le chef oglala Oliver Red Cloud déclarait le 9 janvier 2 000 : « Nous ne devrons jamais oublier ce qui s’est passé ici. C’est important pour les Cheyenne, pour les Lakota, pour tous les Indiens. Il faut que nos enfants et petits enfants comprennent ce qui est arrivé à leurs ancêtres ».
« C’est un événement majeur de l’histoire des Cheyenne du Nord. Plus notre peuple en prendra conscience, plus nous pourrons nous guérir spirituellement et ainsi retrouver notre propre estime pour ce que nous sommes aujourd’hui », déclarait Philip Whiteman, l’organisateur de la course. « Nos enfants sont à la recherche de leur identité. En participant à la course, ils sont réintégrés dans le cercle de prière et apprennent à agir au sein du groupe (...) C’est ce que nous voulons leur enseigner. C’est pour cela que nous courons ».






ENTRE LEGENDES ET HISTOIRE

L’histoire de Sweet Medicine
Sweet Medicine a marché longtemps, jusqu’au cœur de la région des Black Hills vers lesquelles un grand pouvoir semblait l’attirer. Il a fini par atteindre une montagne connue depuis par les Cheyenne sous le nom de Bear Butte. Arrivé là, il a pénétré dans un lieu qui ressemblait à un grand tipi. Des femmes âgées étaient assises d’un côté et des hommes âgés de l’autre. Ce n’était pas réellement des êtres humains, mais des Esprits. Il a vu là quatre flèches qui allaient devenir les Quatre Flèches Sacrées de la tribu cheyenne.
Les Anciens l’ont appelé petit fils et lui ont appris beaucoup de choses qu’il devrait à son tour enseigner à son peuple. Ils lui ont d’abord parlé des flèches parce qu’elles allaient devenir le plus grand pouvoir de la tribu. Deux étaient en rapport avec la chasse et deux autres avec la guerre. De nombreuses cérémonies leur seraient consacrées et elles représenteraient un grand nombre de lois. Ils lui ont enseigné la cérémonie du renouvellement des flèches qu’il faudrait célébrer chaque fois qu’un Cheyenne tuerait un autre Cheyenne. (*) Les flèches devraient être conservées par un gardien particulier dans un tipi sacré et n’être montrées qu’au cours de la cérémonie des flèches.
Sweet Medicine a appris ensuite qu’il lui faudrait donner à son peuple un bon gouvernement composé de quarante-quatre chefs, et un bon système de police et de protection militaire reposant sur quatre sociétés de guerriers : les Renards Rapides, les Wapitis, les Boucliers Rouges et les Cordes d’Arc. Il y avait tellement de choses à apprendre qu’il est resté là pendant presque quatre ans avant que les Anciens ne l’envoient porter les lois à son peuple. L’un des Anciens l’a précédé pour brûler de l’herbe douce afin de purifier l’air au moment de la sortie du sac contenant les flèches. Portant le paquet sacré dans ses bras, Sweet Medicine est retourné vers son peuple.

Extrait de « Cheyenne Memories », par John Stands In The Timber - Cité dans « La Terre pleurera » de James Wilson (Albin Michel)

* Il se peut qu’à l’origine cette cérémonie ait été un rite de purification quand un meurtre se produisait dans la tribu, une situation très rare. Cependant, dans la période historiquement connue, la cérémonie du renouveau des flèches était un rituel annuel impliquant toute la nation.





QUELQUES CHEYENNE DU PASSE

DULL KNIFE : Cheyenne du Nord.
Né vers 1810, son nom cheyenne signifie « Etoile du Matin », mais ses amis Lakota l’appelaient Dull Knife et il est connu sous ce nom.
Encore adolescent, Dull Knife montre pour son peuple un dévouement hors du commun, révélant ses qualités de futur chef. A partir de 1850, il est l’un des principaux guerriers des Cheyenne du Nord.
Dull Knife est de tous les combats que mène son peuple pour sa liberté. En 1865, après le massacre de Sand Creek, il est avec les Dog Soldiers des Cheyenne du Sud qui combattent dans les territoires du Colorado et du Kansas. Puis il revient vers le nord pour continuer la lutte aux côtés des Lakota de Red Cloud. Il est à Fort Phil Kearny où, le 21 décembre 1866, le capitaine William J. Fetterman trouve la mort. En mai 1868, il signe le traité de Fort Laramie au nom des Cheyenne du Nord. Dull Knife est à ce moment moins un chef de guerre qu’un conducteur de son peuple, désireux de la paix. Comprenant à quel point la lutte contre les Blancs est inégale, il recherchera désormais les moyens d’une coexistence pacifique avec eux et ne combattra plus que pour protéger les siens des agressions de l’armée et des milices qui s’efforcent de les exterminer.
Le 17 juin1876, Dull Knife et ses guerriers combattent sur la Rosebud River où, avec ceux de Crazy Horse, ils repoussent les soldats de Crook qui menacent un village oglala, mais Dull Knife ne participe pas personnellement à la victoire indienne sur la Little Bighorn, le 25 juin 1876, car il campait plus loin sur la rivière.
Dull Knife est pourtant considéré par le général Philip H. Sheridan comme l’un des principaux chefs hostiles. Lui et les siens sont activement poursuivis par l’armée. Le 25 novembre 1876, le régiment du colonel Ranald S. Mackenzie conduit par les éclaireurs shoshone du chef Washakie attaque le village d’hiver de Dull Knife sur Crazy Woman Creek.
Le 21 avril 1877, après un terrible hiver, Dull Knife et Little Wolf, à la tête de cinq cent cinquante quatre Cheyenne, font leur reddition au général Crook à Fort Robinson. Ils sont envoyés en Territoire Indien sur la réserve des Cheyenne du Sud où la vie est bientôt intenable pour les eux. Ils décident, au début septembre 1878, de retourner au Montana.
Poursuivis par des milliers de soldats, Dull Knife et Little Wolf conduisent vers le nord trois cent cinquante Cheyenne épris de liberté. Fin octobre, ils décident de se séparer. Tandis que Little Wolf continue sa route vers le Montana, Dull Knife, avec les plus faibles, se dirige vers Fort Robinson où il croit qu’est toujours installée l’agence de Red Cloud, comptant sur l’aide des Lakota. Appréhendée par l’armée, la troupe de Dull Knife est conduite au fort.
Le 9 janvier 1879, les Cheyenne prisonniers tentent de s’enfuir. La plupart sont abattus par les sentinelles. L’une des filles de Dull Knife est tuée. Dull Knife, accompagné de quelques femmes et enfants, dont sa belle-fille et son petit-fils, réussit à échapper aux soldats. Blessés, au dernier degré de l’épuisement, les fugitifs parviennent à Pine Ridge où les Lakota les accueillent et les cachent. A l’automne, il est permis à Dull Knife de rejoindre Little Wolf sur la rivière Tongue au Montana où les Cheyenne ont été autorisés à résider. Il y demeurera jusqu’à sa mort, en mars 1883.
Son plus jeune fils, né en 1875, était resté en Territoire Indien, jugé trop jeune pour affronter le voyage vers le nord. L’enfant qui prendra le prénom de George fera partie d’un groupe de Cheyenne ramené en 1883 du Territoire Indien vers Pine Ridge sous escorte militaire. George Dull Knife demeurera sur la réserve de Pine Ridge où il fondera une famille.
Les Cheyenne du Nord ont fait du 9 janvier une journée du souvenir durant laquelle ils célèbrent la lutte de leurs ancêtres pour leurs terres et pour leur liberté. A Lame Deer, la capitale de leur réserve, ils ont fondé « Dull Knife Memorial College ».




LITTLE WOLF : Cheyenne du Nord.
Né vers 1820, son nom est Ohkom Kakit. Il est le chef des « Bowstring Soldiers », une société de guerriers d’élite parmi les Cheyenne. Aux côtés du chef Dull Knife, il participe activement à la guerre de Red Cloud. Le 21 décembre 1866, près de Fort Phil Kearny, il fait partie, avec Crazy Horse, du petit groupe qui attire dans une embuscade le détachement du capitaine William J. Fetterman.
Avec Dull Knife, il signe le traité de Fort Laramie dès le mois de mai 1868. Grâce à la résistance des Lakota de Red Cloud, les Indiens obtiennent à l’automne l’évacuation par l’armée des forts construits le long de la piste Bozeman. Pendant que les guerriers de Red Cloud mettent le feu au Fort C.F. Smith, ceux de Little Wolf brûlent Fort Phil Kearny.
Pendant l’attaque du village cheyenne sur Crazy Woman Creek, le 25 novembre 1876, Little Wolf attire sur lui le feu des soldats pour couvrir la fuite des femmes et des enfants. Il reçoit sept blessures par balles, mais il réussit cependant à fuir et à se rétablir. Il fait sa reddition, en mai 1877, à Fort Robinson, en compagnie de Dull Knife.
Les Cheyenne sont envoyés en Territoire Indien où ils trouvent aussitôt des conditions de vie très difficiles. Au début de septembre 1878, Little Wolf décide, avec Dull Knife, de quitter la réserve et de tenter de regagner leurs terres du Montana. Ainsi commence la Longue Marche des Cheyenne. Les Indiens en fuite sont activement poursuivis par l’armée et des milices, mais réussissent cependant à passer. Après la traversée de la Platte, ils se séparent. Tandis que Dull Knife tente de rejoindre l’agence de Red Cloud, Little Wolf et les siens réussissent à atteindre la vallée de la Powder River, dans le Territoire du Montana, où ils se cachent jusqu’au printemps 1879. Ils sont alors contactés par le Cheyenne Two Moon devenu éclaireur de l’armée et convaincus de faire leur reddition. Le 27 mars 1879, Little Wolf se rend à Fort Keogh et remet ses armes au colonel Nelson A. Miles.
Little Wolf et certains de ses guerriers doivent signer un engagement comme éclaireurs dans l’armée. C’est la condition imposée pour laisser les Cheyenne vivre dans le pays de la Tongue River. La guerre ayant cessé dans les Plaines du Nord, cet engagement ne contraindra cependant pas Little Wolf et ses guerriers à combattre leurs frères.
Brisés moralement aussi bien que physiquement, Little Wolf et de nombreux Cheyenne sombrent dans l’alcoolisme et le désespoir. En 1880, alors qu’il était ivre, Little Wolf se prend de querelle avec un Cheyenne et le tue. Il s’exclut alors lui-même du conseil des chefs et vivra volontairement à l’écart de la communauté jusqu’à sa mort en 1904.





TWO MOON : Cheyenne du Nord.
L’un des plus jeunes chefs de guerre cheyenne, Two Moon combat avec les Lakota de Sitting Bull et Crazy Horse durant la campagne menée par le général Philip H. Sheridan en 1876-1877 contre les Indiens qui refusent de vivre sur la Grande Réserve créée par le traité de Fort Laramie de 1868.
En mars 1876, sur la Powder River au Wyoming, le colonel Joseph J. Reynolds attaque le camp de Two Moon qu’il a pris pour celui de Crazy Horse. Après un combat acharné, les Cheyenne réussissent à repousser les assaillants. Mais les soldats ont détruit une grande partie du village et ont capturé les chevaux des Indiens. Pourtant, durant la nuit, les guerriers cheyenne réussissent à les reprendre. Sans vivres, sans abri, avec de nombreux blessés, vont demander asile au camp de Crazy Horse. Two Moon est présent, avec un fort contingent de guerriers cheyenne, à la bataille de Little Bighorn le 25 juin 1876.
Le 27 mars 1877, après un hiver de souffrances, Two Moon et son clan se rendent au colonel Nelson A. Miles. Two Moon et ses jeunes guerriers deviennent éclaireurs dans l’armée et participent à la campagne contre les Nez-Percé, coupant la route à ceux de Chef Joseph en fuite vers le Canada. Le fait d’avoir fourni des éclaireurs à l’armée évitera au clan de Two Moon la déportation en Territoire Indien.
Au début de mars 1879, Two Moon rencontre le Little Wolf et ses compagnons qui viennent d’atteindre le Montana après leur dramatique évasion du Territoire Indien où ils avaient été déportés. Il les persuade de faire leur reddition à Fort Keogh, au Montana.
Two Moon passe le reste de sa vie sur la réserve cheyenne du Montana. Il participe en tant qu’informateur à la rédaction de plusieurs ouvrages historiques, en particulier sur la bataille de Little Bighorn. Il meut en 1917 à l’âge de soixante-dix ans.
* Two Moon ne doit pas être confondu avec son oncle dit « Two Moon l’Ancien » qui avait activement participé la campagne de 1865-1868, conduite par le chef lakota Red Cloud pour s’opposer à la construction de la piste Bozeman.





BLACK KETTLE : Cheyenne du Sud
Durant ses jeunes années, Black Kettle (Motavato), né vers 1805, fait une honorable carrière de guerrier. Sa sagesse, sa modération, son éloquence font de lui une voix écoutée durant les conseils que tient la tribu. Au début des années 1860, il se fait l’avocat d’une politique de paix vis-à-vis des Blancs, la seule à ses yeux capable de sauver son peuple de l’extermination. En 1863, il se rend à Washington avec les chefs cheyenne White Antelope, Lean Bear et Yellow Wolf qui partagent ses idées, où il rencontre le président Lincoln.
Dès le printemps 1864, le gouverneur du Territoire du Colorado, John Evans, a constitué une milice ouvertement destinée à tuer des Indiens, placée sous les ordres du colonel Chivington. En juin, le chef Lean Bear, l’un des amis les plus proches de Black Kettle, est assassiné par des soldats placés sous les ordres de Chivington.
Black Kettle, avec White Antelope et Bull Bear, continue cependant à préconiser la paix. Fin septembre, les chefs pacifistes rencontrent à Camp Weld le gouverneur Evans qui leur conseille de s’installer pour l’hiver à Sand Creek et les assure de la protection de l’armée. Pourtant, le 29 novembre, c’est l’affreux massacre des Cheyenne et des Arapaho pacifiques par les troupes du colonel Chivington, auquel Black Kettle, blessé, échappe cependant. Les résistants cheyenne, les Dog Soldiers en particulier, rendent responsable Black Kettle du massacre, provoqué, selon eux, par son lâche et stupide pacifisme. Demeuré malgré tout partisan de la paix, Black Kettle est en 1867 l’un des signataires, pour les Cheyenne, du traité de Medicine Lodge par lequel les Cheyenne du Sud acceptent de se retirer sur une réserve du Territoire Indien. A l’automne 1868, Black Kettle, avec d’autres chefs pacifistes cheyenne et arapaho, se rend à Fort Cobb pour assurer le colonel William Hazen des intentions pacifistes de ceux qui le suivent. En novembre, Black Kettle et les siens campent dans la vallée de la rivière Washita, sur la réserve cheyenne/arapaho. Mais il a du donner asile à un groupe de Dog Soldiers recherché par l’armée, et c’est ce prétexte que prend le lieutenant colonel George A. Custer pour attaquer le campement cheyenne à l’aube du 27 novembre. Black Kettle trouvera la mort, alors qu’il s’avançait pour tenter d’arrêter l’attaque et éviter que ne se reproduise l’horreur de Sand Creek, quatre ans plus tôt.




REFERENCES

* « The Cheyenne Indians » et « The Fighting Cheyenne » par George Bird Grinnel (1915-1922), sur la culture cheyenne et les combats qu’ils ont menés au XIXème siècle. (probablement non traduit en français)
* « Enterre mon cœur à Wounded Knee », par Dee Brown (Editions Stock ), traitant de la résistance des Indiens des Plaines entre 1860 et 1890.
* « Le Dernier Espoir », par Howard Fast (Titre original « The Last Frontier ») paru en français aux Editions Hachette dans les années 1950 et probablement épuisé. C’est le récit très complet et particulièrement poignant de la Longue Marche des Cheyenne du Nord entre le Territoire Indien et leurs terres du Montana.
* « Nous, les Dull Knife », par Joe Starita (Albin Michel) - L’histoire d’une famille cheyenne/lakota dont l’ancêtre est le chef Dull Knife.
* « Histoire des Indiens des Etats-Unis » par Angie Debo (Albin Michel) - Parue en 1970, l’une des meilleures histoires écrites sur le sujet, particulièrement sur la période moins connue du XXème siècle.

2003 – Monique Boisson

3 commentaires:

Denis Dubé a dit…

Je viens de devenir membre. Je vous propose de prendre connaissance d'un court texte, et de signer et répandre ma Pétition : contre ''La rue AMHERST'' sur http://www.mesopinions.com/petition/politique/rue-amherst-glorifie-memoire-immonde-criminel/18421
Denis Dubé, Mikmak-Trickster.Blogspot.ca

Roger LE MAO a dit…

Bonjour, excellents articles sur l'ensemble des nations indiennes, pour moi c'est un blog de référence.

Roger LE MAO a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.